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[ Source : caradisiac.com ]

Les pouvoirs publics tiennent bon sur la limitation de vitesse à 80 km/h. Pour nous convaincre, ils mettent maintenant en avant l’argument écologique de la mesure. Quitte, encore une fois, à jouer avec les chiffres.

80 km/h sur le réseau secondaire, c'est dans moins de quatre mois.

La grogne persiste face à l’instauration des 80 km/h sur le réseau secondaire. Alors même qu’ils peinent à convaincre quant aux vertus réelles de la mesure en matière de sécurité routière, les pouvoirs publics déplacent le débat sur le terrain écologique. Sous couvert d’une clause du Code de l’environnement qui impose une consultation publique sur ce thème, les autorités ont mis en place une plate-forme internet qui invite chacun à donner son avis quant à la portée environnementale de la mesure.

A compter de ce 21 mars et jusqu’au mercredi 11 avril, chacun est invité à donner son avis sur l’abaissement de la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles à chaussée unique sans séparateur central, en répondant à cette simple question: « Selon vous, quelle serait la conséquence sur l’environnement de la mesure qui fait l’objet du décret ?» avec des réponses possibles qui vont du « très positive » au « très négative », à assortir obligatoirement d’un commentaire justifiant sa réponse. S’ajoutent à cela des questions complémentaires facultatives (sexe, âge, utilisation du réseau secondaire…) à des fins statistiques.

Les résultats de cette consultation permettront d’établir une synthèse consultable pendant trois mois sur le site avant d’être communiquée au Conseil d’Etat pour appuyer le projet de décret. C’est beau la démocratie participative. Et moderne, avec ça !

Reste que la ficelle est un peu grosse dans la mesure où la portée écologique des 80 km/h s’annonce forcément positive : en roulant moins vite, on consomme théoriquement moins. Nous ajouterons même qu'en ne roulant plus du tout, on ne consomme plus rien... Sur la page d’accueil du site de la consultation, les pouvoirs publics mettent ainsi en avant des chiffres d'une étude de 2014 de l'Ademe qui font miroiter une baisse allant jusqu'à de 30% des émissions de CO2 en passant de 90 à 80 km/h.

Pourtant, ces chiffres sont doublement sujets à caution: un, parce qu’en roulant à 80 km/h en 4ème plutôt qu’à 90 km/h en 5ème, ce qui risque d’arriver souvent pour conserver un tant soit peu d’allant dans la conduite (et pour éviter de très néfastes sous-régimes), le moteur tourne plus vite et use plus de carburant. Et deux, parce que l’étude de l’Ademe citée en exemple précise en réalité que  « la variation des émissions avant et après mise en place d’une même limitation de vitesse peut varier de -30% à +5% ». En clair, un abaissement des limitations n’a aucune incidence claire sur les consommations !

Voici donc les autorités prises à nouveau en flagrant délit de manipulation de chiffres, ce qui témoigne de leur incapacité à produite un argumentaire convaincant. Et illustre à nouveau le décalage entre des pouvoirs publics parisiens peu en phases avec une France des territoires qui aimerait simplement qu’on lui fiche la paix, comme en témoigne la lettre ouverte écrite au Premier ministre par plus de trente Présidents de départements, et dont Caradisiac s'était déjà fait l'écho. Dans cette missive, les élus évoquent « les habitants des territoires ruraux directement impactés par cette mesure, la voiture constituant souvent le seul moyen de transport de proximité ». Constructifs, ceux-ci disent préférer un maintien des 90 km/h assortie d’une baisse de la limitation « au cas par cas » sur les axes accidentogènes. Manifestement, ils sont loin d’être entendus.