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Gilles Dixsaut, médecin, estime que la circulation différenciée avec Crit’Air ne permet pas de réduire la pollution. Ce jeudi, un colloque sur la santé et pollution de l’air se tient à l’Hôtel de Ville de Paris.

Alors que la Métropole du Grand Paris annonçait il y a quelques jours son intention d’étendre une zone de circulation restreinte jusqu’à l’A86 pour éliminer les plus vieux véhicules, Gilles Dixsaut, médecin hospitalier, président du Comité Francilien contre les Maladies Respiratoires, estime que limiter la circulation aux Crit’Air 1 et 2 est pire. Un avis qui tranche à l’heure où la Ville de Paris organise justement ce jeudi matin un grand colloque dédié à l’impact sur la santé de la pollution de l’air en partenariat avec l’AP-HP.

Pourriez-vous nous rappeler les effets de la pollution sur la santé ?

GILLES DIXSAUT. Santé Publique France (l’agence de santé publique placée sous la tutelle du ministère de la Santé), dans une étude de juin 2016, estime que la pollution provoque 48 000 morts prématurés par rapport à une pollution zéro. Cette étude montre aussi que les valeurs limites européennes n’apportent aucun gain en termes de mortalité prématurée. Car l’impact de la pollution est sans seuil.

C’est-à-dire ?

Même en dessous des valeurs limites, elle a des conséquences sur la santé. Notamment en raison des particules fines et ultra-fines.

Vous voulez parler des particules PM10 ?

Non. Les PM10 sont l’indicateur retenu par la réglementation européenne mais, comme leur diamètre étant supérieur à 2 microns, elles passent peu dans le système respiratoire. La pollution actuelle n’a plus rien à voir avec celle des locomotives à vapeur et du chauffage au charbon, lorsqu’on a fixé cet indicateur. On devrait parler de PM 1 ou plutôt de PM 0,1. Et l’exprimer non plus en masse volumique (microgramme/mètres cubes) mais en nombre de particules. Comme la norme Euro 5 pour les émissions des véhicules.

Ces particules sont-elles moins nombreuses aujourd’hui que dans les plus anciens ou les motorisations diesel ?

Non, au contraire ! La norme Euro 6b actuelle, fixe pour les véhicules essence à injection directe des valeurs limites plus importantes encore que celles des véhicules diesel ! Quant aux diesels, le système de dépollution n’est efficace qu’au bout de plusieurs kilomètres. Ce qui les rend extrêmement polluants en ville, notamment par le NO 2.

Mais vous remettez en cause le système Crit’Air qui repose justement sur le fait que les véhicules récents sont moins polluants.

Oui, en effet, je pense que c’est une énorme fumisterie. Ces véhicules émettent des PM1 et PM 0,1 en plus grand nombre que les générations plus anciennes. Pollution encore plus délétère car ce sont des particules ultra-fines et cancérogènes. L’attribution de ces vignettes Crit air est fondée sur des mesures (à l’ancienne) en concentration massique et non en nombre, et sur des valeurs mesurées en situation de test. Le dieselgate nous a montré que ces valeurs n’ont qu’un lointain rapport avec la réalité.

Mais alors, quelles solutions ?

En ville des véhicules électriques et à gaz (GPL ou GNV) qui ne rejettent pas de particules et très peu de NO 2. Hors secteur urbain, si l’autonomie d’une électrique ne suffit pas, une hybride rechargeable essence à injection indirecte ou GPL (car il n’y a pas de station publique de GNV en France).

Que penser des établissements accueillant du public, comme des gymnases installés près d’un axe routier ?

Ce n’est pas une bonne idée. Dans un gymnase, l’air intérieur est une addition de celui de l’extérieur - pollué à proximité d’un axe routier - auquel on ajoute une pollution intérieure liée aux matériaux de construction.

Et un footing près d’un axe fréquenté ?

Là encore, c’est une mauvaise idée. A court terme, cela dégrade la fonction respiratoire. Même si à plus long terme, les bienfaits de l’exercice physique prennent le pas sur les méfaits de la pollution pour les personnes sans pathologie respiratoires ou cardiaques. Mieux vaut s’éloigner de plusieurs centaines de mètres. Pollutrack, en cours d’expérimentation, vise à permettre de connaître en temps réel la pollution particulaire sur tels ou tels axes. Le système pourrait bientôt être à disposition du grand public.