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[ Source : FranceRoutes ]

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Le 9 janvier, le Premier ministre a annoncé une mesure destinée à améliorer la sécurité routière qui fait grincer des dents chez les conducteurs, automobilistes et motocyclistes confondus, et qui suscitent nombre d’interrogations chez les professionnels de la route : la vitesse maximale autorisée (VMA) sur les routes à double-­sens, sans séparateur central va baisser de 90 km/h à 80 km/h. Cette nouvelle limitation de vitesse sera effective à partir du 1er juillet 2018. En conséquence, la limitation de vitesse des camions va-t-elle être modifiée ?

L’échéance, pour cette nouvelle limitation de vitesse à 80 km/h instaurée par Edouard Philippe sur les routes nationales et départementales sans séparateur de voie, est fixée à juillet 2018. « Il est instauré une clause de rendez-­vous au 1er juillet 2020 afin d’étudier avec précision et objectivité l’impact sur l’accidentalité de cette mesure », précise la Direction à la sécurité routière (DSR) au ministère de l’Intérieur.

Les véhicules de transport terrestre, sont-ils concernés ? Non, répond France Routes ! Voici nos explications :

La législation existante

Référons-nous à la législation existante :

  • L’article R. 413-8 du Code de la route concerne les véhicules de plus de 3,5 t. Ces engins sont actuellement limités à 80 km/h sur les routes. Cette vitesse maximale est abaissée à 60 km/h pour les véhicules articulés ou avec remorque dont le poids total est supérieur à 12 t.
  • L’article R. 413-10 du Code de la route mentionne que hors agglomération, la vitesse des véhicules de transport en commun, dont le poids total excède 10 t, est limitée à 90 km/h.
  • L’article R. 413-2 du Code de la route précise qu’en cas de pluie ou d’autres précipitations, les vitesses maximales autorisées pour les automobiles et motocyclettes sont abaissées à 110 km/h sur les sections d’autoroutes où la limite normale est de 130 km/h, 100 km/h sur les sections d’autoroutes où cette limite est plus basse ainsi que sur les routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central, 80 km/h sur les autres routes.

La réponse d’un expert

Au sein du Conseil national de sécurité routière (CNSR), instance regroupant des observateurs, des spécialistes de la circulation routière, les représentants d’associations de victimes, des chercheurs sur le comportement au volant et des professionnels de l’assurance, la question s’est posée, à savoir s’il fallait abaisser la vitesse maximale autorisée pour les poids lourds et véhicules utilitaires légers, pour les automobilistes par temps de pluie et pour les conducteurs disposant d’un permis probatoire. « Non, la limitation de vitesse ne baissera pas, ni pour les poids lourds, ni par temps de pluie », nous a expliqué un observateur ayant assisté aux réunions préparatoires au CNSR. Les services de l’État n’ont pas envisagé d’aligner les VMA des catégories de véhicules spécifiques.

Sur des routes qualifiées de dangereuses, cette mesure censée améliorer la sécurité routière promet donc de créer des situations à risques qui n’existaient pas. Des véhicules de gabarit différent devront circuler à même allure. Il deviendra impossible à un motard ou un automobiliste de dépasser un camion dans le but d’accroître sa visibilité. Les véhicules de transport en commun de plus de 10 t pourront circuler plus vite que les automobiles et les motos. Pour la DSR, l’essentiel est de réduire les risques de choc frontal, qui sont d’après les statistiques la principale cause d’accidents graves sur les routes bidirectionnelles sans séparateur de chaussée.

« 55 % des accidents mortels (1 911 morts en 2016), se produisent sur les routes du réseau secondaire où la circulation est à double sens sans séparateur central », justifie la DSR. « Comme l’a établi le comité des experts du CNSR dans son rapport du 29 novembre 2013, une réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central, aujourd’hui limitée à 90 km/h, permettrait de sauver entre 300 et 400 vies par an. La baisse des VMA sur les routes où la mortalité routière est la plus forte, en passant de 90 à 80 km/h, s’impose donc pour orienter durablement la courbe de la mortalité routière à la baisse. Une telle mesure présente également l’avantage d’améliorer la fluidité du trafic et de diminuer les émissions polluantes dans l’environnement ».

« Je veux sauver des vies », a martelé Edouard Philippe pour justifier cette mesure. Si l’on ne peut qu’adhérer au résultat voulu, des associations comme 40 Millions d’Automobilistes ou la Fédération Française des Motards en Colère doutent de l’efficacité de cette mesure. Elles demandent une politique de sécurité routière orientée vers la pédagogie et la formation plus que vers la sanction. Elles préconisent également un travail de fond sur l’amélioration des infrastructures routières, ainsi que sur l’entretien des chaussées, qui, faute de moyens, est de moins en moins bon en France et met en danger les usagers les plus vulnérables, comme les conducteurs de deux-roues et les piétons.

Complément d’information : Le Sénat émet des doutes sur l’intérêt des 80 km/h